Forum Social
Mondial Thématique: Democratie,
Droits de l´homme, violence et
Narcontrafic
Carthagène des Indes, Colombie,
Juin 2003
Les thèmes du trafic de drogue, la violence,
la guerre, le terrorisme, la résistance
et la paix, les Droits de lHomme, la construction
de sociétés et dEtats démocratiques,
font partie de lagenda global, ne relevant
pas seulement des divers continents mais concernant
aussi des réalités nationales concrètes.
Le trafic de drogues illicites, le blanchiment
dargent, la vente de précurseurs
chimiques, les effets nocifs sur la santé
publique, la violence associée à
ce commerce, la corruption générée
dans les secteurs de lEtat et le secteur
privé, la pénétration de
cet argent dans les activités légales,
sont des raisons suffisantes pour faire de ce
thème laxe central de ce forum. La
Conférence de Vienne en 1961, dans le cadre
des Nations Unies, adopta une politique de prohibition,
menant à la pénalisation de la production,
du trafic et de la consommation de certaines substances
psychotropes, politique qui semble aujourdhui
avoir échoué.
Selon un rapport de la Commission Internationale
de Contrôle des Stupéfiants, organisme
du système des Nations Unies luttant contre
la drogue, les cultivateurs de la coca ou du pavot
ont perçu en 2001 à peine 1% des
bénéfices du trafic de drogue. Selon
ces mêmes chiffres, les consommateurs européens
et nord-américains ont dépensé
plus de 48 milliards de dollars en cocaïne,
et 30 milliards en héroïne au cours
de la même année. De cette somme,
à peine 1 milliard de dollars est parvenu
aux cultivateurs. Le reste 99%- est resté
entre les mains des revendeurs des rues et de
leurs fournisseurs, mafias locales nord-américaines
et européennes, transporteurs, mafias internationales
et intermédiaires locaux.
Ces données montrent clairement que les
grandes mafias et les grands bénéficiaires
du trafic de drogues ne sont ni en Birmanie, ni
en Afghanistan ni dans les pays andins. Comment
cet argent est-il masqué dans le système
financier international ? Pourquoi les médias
font-ils de la désinformation et criminalisent
les paysans qui reçoivent moins de 2% du
total des ressources financières brassées
par le commerce de lhéroïne
et de la cocaïne ?
Ce même rapport signale que « 99%
des revenus générés au niveau
mondial par les drogues illicites sont perçus
par les groupes de narcotrafiquants qui agissent
à différents maillons de la chaîne.
Les bénéfices générés
dans les pays développés peuvent
représenter de la moitié aux trois
quarts du bénéfice total du trafic
illicite de drogue, et plus encore si lon
tient compte des revenus extraordinaires dérivant
du mélange de lhéroïne
et de la cocaïne avec dautres substances.
Le gros des bénéfices nest
pas perçu dans les pays en développement
mais dans les pays développés. »(L´OICS,
2002, P.2).
Lensemble de lhumanité identifie
comme étant une problématique de
grande importance ce qui a trait aux cultures
illicites, la production croissante, la commercialisation
et la consommation de drogues dorigine synthétique,
dont le principal pays producteur est la Hollande,
tandis que les problèmes agraires sont
ajournés, voire oubliés, au nom
de la persécution des paysans cultivateurs,
que ce soit en Birmanie, en Afghanistan ou dans
les pays andins. « Le cannabis reste la
drogue la plus commune au Canada, aux Etats-Unis
et au Mexique, et on peut sen procurer avec
une grande facilité dans les trois pays Quelques
entreprises canadiennes continuent de vendre par
Internet des semences et de léquipement
pour la culture de cette plante Un sondage
national, septième du genre, sur le comportement
vis-à-vis de lusage illicite de substances
aux Etats-Unis, a mis en évidence que,
pour la première fois, parmi les adolescents
sondés, un pourcentage majeur estimait
quil était plus facile dacheter
du cannabis que des cigarettes ou de la bière.
En même temps, le pourcentage dadolescents
avouant avoir testé le cannabis est passé
de 22% à 25%. » (L´OICS, 2002,
P.49).
Cest pourquoi il est urgent didentifier
le mode de circulation des grandes quantités
dargent issues du trafic de drogue, à
travers les circuits financiers internationaux,
les chaînes de corruption associées
à ce phénomène, tant dans
la sphère publique que privée. Qui
plus est, il est nécessaire daborder
la discussion autour de la prohibition, la dépénalisation,
la légalisation et les graves conséquences
que de tels choix ont sur la santé humaine,
afin de trouver des issues et des alternatives
dans le contexte mondial.
En Colombie le président Pastrana a cherché
lappui des EU pour léradication
des cultures illicites et leur substitution, pratiquement
dès le début de son mandat ; ainsi
est-on passé au dénommé Plan
Colombie. Lactuel gouvernement colombien
a renouvelé son intérêt pour
le développement du Plan Colombie, élargissant
et renforçant quelques unes de ses composantes,
telles que la fumigation aérienne. Ce plan
a pour axe central les drogues illicites, le combat
contre le trafic de drogue et plus récemment
contre la rébellion (guérilla).
On a tenté de lui donner un visage social
mais il est évident que le sens, lorientation
et la majorité des ressources sont axés
sur des intentions guerrières. Qui plus
est, ce plan et cette politique ont été
étendus à toute la région
andine et menacent daffecter dautres
pays latino-américains. Mener une analyse
judicieuse de ce plan et de ses effets en Colombie
et en Amérique Latine sera lun des
objectifs du forum. La Colombie, dans ce contexte,
doit être vue plutôt comme la victime
de politiques globales qui doivent être
examinées globalement pour proposer dautres
alternatives, face à léchec
réitéré des politiques de
prohibition et de répression.
Le Forum Social Mondial Thématique (FSMT)
doit être perçu comme le lieu de
discussion et de proposition des alternatives
à ces problèmes devant la Communauté
Internationale, en vue de comprendre la politique
mondiale de lutte contre la drogue, dans le cadre
des spécificités régionales.
Ceci dans le but dapprofondir les diagnostics,
les différents points de vue, mais aussi
la possibilité de formuler des alternatives
qui aident à la solution des problèmes
que ce phénomène fait peser sur
le monde.
En second lieu, les mobilisations massives,
le 15 février dernier, de citoyens et citoyennes
à Washington, Madrid, Paris, Barcelone,
Rome, Rio de Janeiro et sur toute la surface de
la Terre pour dire Non à la guerre, pour
signaler par la force de la solidarité
humaine, souhaitant construire une société
dans laquelle la « sans raison » de
la force militaire ne devienne la raison par laquelle
certains imposent leurs vues sur le droit des
peuples à lautodétermination,
ces mobilisations ont démontré,
au nom de la conscience mondiale, leur rejet de
la prétention des gouvernements des EU,
Espagne et Angleterre à définir
ce qui est bon pour lhumanité.
Qui plus est, le thème de la sécurité
globale et de la sécurité démocratique
a gagné beaucoup dimportance dans
lagenda mondial et dans le pays amphitryon,
la Colombie. Les évènements du 11
septembre aux EU et la politique anti-terroriste
adoptée par le gouvernement Bush et par
dautres gouvernements alliés des
EU, ladoption des statuts antiterroristes
et la préoccupation constante de lONU
pour ce quon appelle la Sécurité
des Personnes, ont posé au cur du
débat mondial la question de la démocratie,
les terrorismes, la sécurité individuelle
et collective.
« Une stratégie internationale
efficace de lutte contre le terrorisme doit utiliser
les Droits de lHomme comme cadre dunion.
Lidée que les violences contre les
Droits de lHomme sont acceptables en certaines
circonstances est fausse. Lessence des Droits
de lHomme est que la vie et la dignité
humaines ne doivent en aucun cas être compromises,
et que certains actes, quils soient commis
par des agents de lEtat ou non, ne sont
nullement justifiables sous quel que prétexte
que ce soit. La norme internationale des Droits
de lHomme et du Droit International Humanitaire
définissent les limites de la conduite
politique et militaire autorisée. Une approche
irresponsable de la vie et de la liberté
humaine ne peut que miner les mesures de lutte
contre le terrorisme » (ONU, Les Droits
de lHomme comme cadre dunion, Rapport
du Haut Commissaire pour les Droits de lHomme
et suivi de la Conférence Mondiale sur
les Droits de lHomme, 22 février
2002, P.49).
Une fois de plus, la réalité du
pays amphitryon illustre le débat dans
toute sa dimension, au milieu dune accentuation
de la guerre et de ladoption dun ensemble
de mesure exceptionnelles prises par lEtat
Colombien pour faire face à la situation
; au cur de la discussion : la protection
des Droits de lHomme et la restriction annoncée
et pratiquée des libertés civiles
et politiques.
En troisième lieu, la crise de la démocratie
et la crise politique vont de pair. Les questions
relatives à la représentativité
des organisations politiques et par conséquent
les mécanismes pour inclure les groupes
traditionnellement exclus des décisions
politiques, tels que les jeunes, les femmes, etc,
sont à lordre du jour. De la même
façon, des questions se posent sur la viabilité
de la démocratie politique dans un contexte
de grande exclusion sociale, de tensions entre
souveraineté nationale et organisations
multilatérales, et la question clé
: Est-il possible de construire un gouvernement
mondial démocratique ? Finalement, il sera
nécessaire de réfléchir à
lexpérience du Forum Social Mondial
en tant que voix pour la construction dune
citoyenneté globale, une citoyenneté
planétaire .
Enfin, il est nécessaire davancer
dans la caractérisation dune philosophie
des Droits de lHomme qui garantisse une
vie digne, faisant référence en
particulier à une compréhension
large des droits économiques, sociaux et
culturels. Il faudrait aborder systématiquement
les causes et les conditions dans lesquelles se
produisent les phénomènes de déplacements
forcés, migrations et population réfugiée,
puis considérer les différentes
alternatives pour faire face à ces phénomènes
du point de vue de la société civile.
Il faut réclamer la responsabilité
des Etats dans laccomplissement de leurs
obligations et la garantie de lexercice
des droits et libertés fondamentales. Il
est nécessaire dapprofondir lanalyse
des conséquences des politiques de sécurité
et du caractère des actions terroristes
depuis le 11 septembre, tant sur la démocratie
que sur le plein exercice des droits et libertés.
Le forum social mondial thématique se
chargera donc danalyser ces thèmes
et de proposer des alternatives visant à
renforcer la démocratie, à faire
prévaloir les droits de lHomme, à
réduire la violence, à promouvoir
la paix et le lien social, à rechercher
des voix de sortie démocratiques et durables
au commerce de la drogue.
Le contexte social colombien : note brève.
Si le Forum Mondial Thématique sur la
démocratie, les Droits de lHomme,
la guerre et le trafic de drogue, ne sera pas
centré uniquement sur le cas colombien,
nous ne devons pas oublier que, dans ce pays,
sont appliquées des politiques décidées
le plus souvent par des instances internationales,
démontrant leurs limites de façon
chaque fois plus évidente, parfois totalement
étrangères à la réalité
locale, voire erronées. Cest pourquoi
lexpérience colombienne se révèle
particulièrement riche pour évaluer
des politiques appliquées depuis des décennies
malgré leurs conséquences néfastes
sur la société, léconomie,
lenvironnement et léthique.
Le paradoxe de cette situation est quil
ny pas despace pour évaluer
les dites politiques, moins encore pour les réformer,
tel est le cas, pour ne mentionner que celles-là,
de la politique de la prohibition ou des fumigations
aériennes.
En Colombie, nous pouvons noter que la démocratie
est menacée par lautoritarisme (de
droite et de gauche), par la violence et par le
renforcement du modèle néo-libéral.
Depuis lapplication de la nouvelle Constitution
Politique (1991) , 270000 morts violentes ont
été relevées dans le pays.
Cela revient à un taux dhomicides
parmi les plus élevés du monde :
3,4 fois plus élevé quau Brésil,
3 fois celui du Mexique, 1,4 fois celui du Salvador.
Les déplacements internes dépassent
les deux millions de personnes, dans leur majorité
des femmes et des enfants, et le coût économique
de la guerre et de la violence équivaut
à trois points du produit intérieur
brut interne, avec une tendance à laccroissement.
Le type de développement économique
appliqué jusquà présent
en Colombie na pas seulement bloqué
lutilisation adéquate et durable
de la grande biodiversité des écosystèmes
propres à notre territoire mais a en plus
conduit à leur détérioration.
Au point quil ne reste plus que 27% des
forêts andines, 30% des savanes des Caraïbes
et 50% des mangliers. La couverture des forêts
tropicales, si elle reste considérable
(67% de lextension originelle) se voit menacée
par les cultures illicites et lélevage
extensif, en particulier dans le piémont
Amazonien.
Ces chiffres mettent en relief la profondeur
de la crise économique, sociale, politique,
écologique de la société
colombienne . Cest, comme le note le chercheur
Luis Jorge Garay « un processus de destruction
sociale caractérisé par la croissante
soumission du secteur public ; la désintégration
institutionnelle de lEtat et la perte du
lien social, qui ont pour racine centrale la prééminence
du privé sur le public et le bien commun,
conduisant au renoncement à ce but ultime
dun ordonnancement politique, soit : atteindre
une société organisée selon
laccomplissement légitime dun
ordre juridique politique démocratique
et sociétal ». Pour sortir de cette
crise profonde, il faut promouvoir plus de démocratie
dans léconomique, plus de démocratie
dans le social et plus de démocratie dans
le politique. Cest lunique alternative
pour améliorer de façon raisonnable
et durable la réalité colombienne.
Pour y parvenir, il faut la participation active
ainsi que la confluence de toutes les forces sociales
et politiques du pays, intéressées
par ce projet. Cest pourquoi il est urgent
de rechercher et de concrétiser la solidarité
tant des Etats que des organisations de la société
civile, et de la citoyenneté planétaire
en général pour avancer vers cet
objectif.
Objectif Général :
Favoriser un espace de rencontre des divers
secteurs de la société civile mondiale
afin danalyser, débattre, rechercher
des alternatives, coordonner les efforts et les
actions sur des thèmes concrets à
limpact global, tels que le trafic de drogue,
les Droits de lHomme, la Démocratie,
la guerre, la paix, et ainsi perpétuer
et renforcer le caractère mobilisateur
du Forum Social Mondial, pour la construction
possible dun autre monde.